Le quotidien de la ménagère

Jeudi 24 mai 2018, 18h15, Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds

Jeudi 22 novembre 2018, 18h15, Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds

Lecture à plusieurs voix de témoignages sur la vie quotidienne de la ménagère des Montagnes neuchâteloises, de 1918 à nos jours, tirés des fonds conservés par les Archives de la vie ordinaire. La lecture sera entrecoupée de chants interprétés par le Petit Choeur de Numa-Droz.

Parler du quotidien de la ménagère à travers un siècle d’histoire, c’est évidemment évoquer l’évolution de la condition féminine durant les cent dernières années – décisives à cet égard – qui ont marqué la progressive accession des femmes à l’égalité avec les hommes.

Travail domestique, difficulté à subvenir aux besoins de la famille, repas d'exception préparés pour Noël, cuisine transformée en salle de bain, soucis de lessive et de séchage du linge, conseils donnés aux consommatrices à l'heure où l'électroménager bouleverse les habitudes... Les mentalités évoluent : le mariage et les enfants ne constituent plus le seul horizon rêvé des femmes et l’image de la gardienne du foyer est contestée. Pourtant, le combat pour le partage des tâches ménagères au sein du couple n'est pas encore gagné !

      
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Il y a cent ans, cette maudite guerre qu’on croyait impossible…

Lundi 6 novembre 2017, 18h30, Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, Salle de lecture

Dimanche 11 novembre 2018, 11h00, Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds

« Dernier jour de l'année 1914. Nous sommes heureux de sortir de cette année terrible, qui a amené le commencement de cette maudite guerre qu'on croyait impossible, et devenue réalité tout de même. Que nous réserve l'année 1915 ? Verrons-nous bientôt la fin de cette orgie de sang ? Puisse cette nouvelle année nous apporter la fin du conflit qui décime le monde, sans que notre patrie ait été entraînée dans la tourmente ! »

Voici un témoignage parmi beaucoup d’autres, tous conservés aux Archives de la vie ordinaire, qui évoquent la Première Guerre mondiale au fil du quotidien. Venez revivre, cent ans plus tard, les attentes et les angoisses, mais aussi les instants de légèreté, de ces hommes et de ces femmes du pays de Neuchâtel, tous concernés, de près ou de loin, par un conflit qui aura interpellé les consciences durant plus de quatre ans.

Une lecture à plusieurs voix proposée par les Archives de la vie ordinaire.

      
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Lectures de lettres d'émigrés des Montagnes neuchâteloises conservées aux Archives de la vie ordinaire

Samedi 29 octobre 2016, 17h15, Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds

YVONNE ET JEAN BAILLOD, lecture par Yves Bourquin

Jean Baillod est né au Locle le 11 avril 1893. C’est le fils cadet de Paul Baillod (1855-1919), négociant horloger au Locle, puis à La Chaux-de-Fonds. Devenu veuf, Paul Baillod épouse une amie de la famille, Marie Perret, qui sera la « chère maman » à laquelle sont destinées la plupart des lettres écrites de Floride par Yvonne (1901-1986) et Jean (1893-1971) Baillod. C’est cette chère maman qui recopie soigneusement les lettres à l’intention du frère aîné de Jean, Paul Baillod fils (dit Paulet ou Pilet), et de sa famille.
Jean Baillod obtient son diplôme cantonal d’horloger-technicien en mars 1915. Il reprend vraisemblablement la tête de la maison d’horlogerie familiale en 1917, à la retraite de son père. La brutale crise économique de 1921-1922 l’incite à abandonner son entreprise et à partir tenter sa chance avec la jeune Yvonne Reusser, de Bienne, qu’il a épousée le 20 mai 1920. Tous deux comptent faire fortune comme colons agricoles au sud-ouest de la Floride, dans la région de Wauchula. Quand ils partent pour l’Amérique en septembre 1922, Jean a 29 ans et Yvonne 21. Les aléas de la culture des fruits et légumes contraindront Jean Baillod à reprendre son travail d'horloger-rhabilleur. Yvonne trouvera du travail dans une imprimerie. Mais le couple a définitivement adopté sa nouvelle patrie et fera sa vie en Floride.

PHILIPPE MACCHI, lecture par Jean-Bernard Vuillème

"Né le 11 mai 1948, Philippe Macchi eut une adolescence assez turbulente et révoltée, tout en faisant des études de musique en même temps que son Gymnase.
En pleine crise, abandonnant le Gymnase, Philippe (...) put partir en Angleterre pour y faire (brillamment) ses certificats en anglais, tout en participant à de nombreux concerts comme trompette, et travaillant au pair pour son logis et pension. Puis, ses certificats en poche, il revint en Suisse et ses parents obtinrent l’aval du directeur pour qu’il reprenne et termine son Gymnase pédagogique pour devenir instituteur. Mais, pratiquant la pédagogie selon Piaget visant à autonomiser les enfants en plein respect de leur développement, Philippe s’attira les foudres du Département de l’Instruction Publique. C’en était trop pour ce libertaire, il réagit avec sa promptitude habituelle en démissionnant aussi sec, sans se soucier de comment il allait gagner sa vie.

Vie dont l’absurdité commençait de le tarauder : que faire pour lui donner un sens ? C’est alors qu’il prit contact avec Terre des Hommes pour être envoyé dans les pays en voie de développement. Parachuté en Egypte dans le cadre d’un programme visant à éradiquer les infections oculaires des enfants, il constata bien vite qu’il y avait là-bas des problèmes autrement plus graves dont personne ne s’occupait : les grands brûlés. Est né alors chez Philippe le projet d’établir une structure de soins, qu’il proposa à Terre des Hommes. Mais TdH avait d’autres priorités, dans d’autres pays, et refusa d’entrer en matière, ce qui révolta profondément Philippe qui les envoya à nouveau promener aussi sec et décida de se lancer tout seul ! Il battit le rappel d’anciens amis en Suisse pour constituer une Fondation pour les Enfants Brûlés, qui existe toujours à ce jour. (...) Peu avant sa mort, usé à 48 ans, la construction d’une nouvelle clinique avait commencé avec tous les paramètres sanitaires adéquats, clinique inaugurée après son décès et qui porte son nom." (texte de présentation de Pierre Macchi)


"Ah ! Je voudrais bien vous voir seulement une minute..." (Eugène Wille)

Mercredi 9 novembre 2016 à 18h15

Lectures par Antoinette Béguin, Marie-Paule Droz-Boillat, Jacques Ramseyer et Jacqueline Rossier

Ils sont partis jeunes loin de leurs Montagnes natales : à Cuba entre 1864 et 1869 (Charles et Eugène Wille), dans les plaines canadiennes du Saskatchewan dès 1914 (Berthe Bächtold-Matile), à Vienne à l'époque de l'Anschluss puis en Irlande pendant la Deuxième Guerre mondiale (Lucy Schneider), en Slovénie puis en Hongrie en 1940-1941 (Thérèse Hoffmann). Tous nous invitent à partager leur découverte d'un monde différent et à mesurer leur attachement à des familles que tous et toutes aimeraient bien revoir, ne serait-ce qu'une minute...

Intermèdes musicaux avec CantAmille (chants italiens liés à la migration).

      
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Un jeune homme bien sous tous rapports

Lecture d'extraits de la correspondance de Paul Baillod, étudiant en Allemagne entre 1905 et 1907, par Yves Bourquin, dans le cadre des Lundis des mots, le lundi 7 novembre 2016 à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel.

En lien avec l'exposition L'Homme épinglé, présentée à la Bibliothèque dans le cadre de la série 1 expo - 12 musées : La silhouette masculine, mode et artifice du Moyen Age à aujourd'hui (10 mars 2016 - 26 février 2017).

Cette lecture met en évidence les pages de la correspondance de Paul Baillod où celui-ci évoque avec verve ses soucis vestimentaires et ses autres préoccupations matérielles.

      
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Lettres d’Allemagne (1905-1907) de Paul Baillod

lues par Yves Bourquin dans le cadre du "Lundi des mots"

Lundi 30 novembre 2015 à 18h30 à la Librairie Le Cabinet d'Amateur, Escalier du Château 2, Neuchâtel

« Puisque ce temps d’éloignement de la maison est nécessaire, il faut en profiter le plus possible et le passer gaîment… »

Il s’agit des meilleures pages deslettres adressées par le jeune étudiant Paul Baillod à sa famille à La Chaux-de-Fonds. Textes pleins d’humour sur les intérêts multiples d’un jeune bourgeois neuchâtelois du début du siècle précédent, sur la vie de pension et d’étudiant à Dresde, puis à Heidelberg, mais aussi sur l’Allemagne de la Belle Epoque. Un exemple :

Dresde, le 3 novembre 1905

Mes chers parents,

(…) Ah ! cet empereur d’Allemagne, quelle dent je lui garde ; le brigand me remplit la moitié des lettres que je reçois, et me vaut des sermons d’une page ! J’étais glacé d’horreur en lisant quel crime j’avais commis en ne le saluant pas. Je vais toutefois essayer timidement de me justifier.

(…) l’empereur d’Allemagne ne m’est rien du tout. C’était pour moi une personne étrangère, que je ne connaissais que de nom, qui passait, et la coutume n’est pas de saluer tous ceux qu’on ne connaît que de nom. Je voyais en outre en lui l’ami du Sultan, celui auquel il avait donné la main, approuvant par cet acte le massacre des Arméniens, et perdant par là l’estime des honnêtes gens. (…) N’allez pas croire d’ailleurs que j’ai été le seul à ne pas saluer. Ce sont les femmes surtout qui criaient, les hommes étaient plus calmes, et cela se comprend aisément : la Saxe est la forteresse du socialisme allemand. (…) J’étais dans un groupe de 5 hommes, bons bourgeois bien habillés. 2 seulement saluèrent, les autres ne bougèrent pas. Je dirai encore à chère maman que je sais ce que c’est qu’ « avoir du tact » et que je n’ai rien dit contre l’empereur à la pension, ce n’est que quand on m’a demandé si j’irais le voir, que j’ai répondu : qu’étant républicain, je n’y tenais pas…

Paul Baillod (1886-1950)

Paul-Alexandre Baillod est né au Locle le 5 août 1886 du mariage de Paul Baillod, fabricant d’horlogerie, et de Louise Esther Houriet. Devenu veuf en 1896, Paul Baillod père se remariera avec Marie Perret, la « chère maman » à laquelle fait allusion le jeune Paul dans ses missives.

Après avoir obtenu son baccalauréat au Gymnase de La Chaux-de-Fonds, Paul Baillod, comme beaucoup de ses contemporains, part en 1905 à destination de l’Allemagne pour y apprendre l’allemand et y suivre durant un an des cours à l’Université de Dresde. Il a alors dix-neuf ans. Après quelques mois passés encore à Heidelberg (d’octobre 1906 à juin 1907), il rentre au pays et fait son droit à l’Université de Neuchâtel ; il y préside la Société de Belles-Lettres durant le semestre d’hiver 1908-1909.

Ses études terminées, Paul Baillod ouvre une étude d’avocat et notaire à Neuchâtel. En octobre 1915, il épouse Inès Bourquin, fille d’un notable chaux-de-fonnier, dont il avait fait la connaissance dix ans plus tôt.

Paul Baillod est un des membres fondateurs du Rotary Neuchâtel le 15 janvier 1927. Trésorier du premier comité, il préside le club en 1932-1933. De 1933 à 1934, il est gouverneur du 54e district du Rotary International. A ce titre, il est délégué à plusieurs conférences du Rotary International entre 1934 et 1939, reçoit en 1937 la Légion d’honneur et est décoré en 1938 par le roi de Yougoslavie.

Bâtonnier du barreau neuchâtelois en 1946-1948, membre de différents conseils d’administration, mécène, ami des arts, membre de la Commission de la Bibliothèque, Paul Baillod s’intéresse aussi à l’histoire et milite pour le développement des Archives de l’Etat. Esprit brillant et caustique, il est paradoxalement passionné par le spiritisme.

Paul Baillod, qui avait toujours été de santé fragile, décède le 4 septembre 1950, à l’âge de soixante-quatre ans.

Ces textes seront lus par Yves Bourquin, petit-neveu de Paul Baillod. Yves Bourquin, ancien professeur de lycée, a débuté comme comédien avec la compagnie de Scaramouche en 1965. Il a mis en scène de nombreuses pièces pour diverses troupes de la région neuchâteloise et a notamment dirigé le groupe théâtral du Lycée Denis-de-Rougemont de 1995 à 2009.


Une petite flamme en moi s’est allumée…

Lecture-spectacle inspirée d’une correspondance amoureuse conservée aux Archives de la vie ordinaire (AVO)

Interprètes : Isabelle Meyer et Philippe Vuilleumier, comédiens

Choix des lettres : Jacqueline Rossier avec les comédiens

Musiques originales : Benoît Vivien

Dimanche 22 novembre 2015 à 17h30 au Moulin de Bayerel Route de Beyerel, 2063 Fenin-Vilars-Saules

Genève, le 1er juin 1916

Chère Mademoiselle,

Il y a longtemps que je résiste à l’envie de vous écrire. Jusqu’à présent, j’ai craint de vous être désagréable en le faisant. A vrai dire, je le crains encore mais mon désir profond l’emporte, pardonnez-moi.

Je pense qu’il vaut mieux être franc et simple autant que possible, tant pis si je suis ridicule ou naïf. Je vous avoue que le jour où je vous ai vue, une petite flamme en moi s’est allumée. Dès lors, elle s’est accrue et confirmée, c’est pourquoi je viens vous demander bien humblement la permission de correspondre avec vous. Dites-moi en toute sincérité, je vous prie, ce que vous en pensez. J’aimerais ne pas vous offenser, ni vous mettre dans un cruel embarras, mais que voulez-vous, quand on aime, on est un peu en dehors du bon sens, en dehors de soi, et l’on mérite quelque indulgence. Vous en avez beaucoup, je suis sûr, vous m’en accorderez un peu.

Merci d’avance et croyez moi votre dévoué Jaques Henriod

Ainsi débute la correspondance de Jaques Henriod (1887-1965) avec Elisabeth Veyrassat (1893-1970). Cette dernière répond le 10 juin 1916 à cette première lettre. Les deux amoureux ont alors respectivement 29 et 23 ans.

Jaques Henriod a étudié comme son père la théologie à Neuchâtel. Après avoir passé une année dans les Pyrénées et une autre à Genève, il devient pasteur suppléant aux Eplatures. Dès 1918, il exerce son ministère à Begnins (VD). En 1925, après avoir dirigé le Foyer évangélique de Neuchâtel, Jaques Henriod reprend des études de lettres puis enseigne à l’Ecole supérieure de commerce de la ville jusqu’en 1952. Son mariage avec Elisabeth Veyrassat est célébré le 31 mai 1918. Cette dernière, fille d’un ingénieur, a fait des études universitaires en sciences sociales. Le couple aura trois enfants.

Cette lecture-spectacle a été créée le 1er décembre 2008 à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel et jouée depuis cette date à plusieurs reprises. Elle met en valeur des extraits des lettres de Jaques et d’Elisabeth (dite aussi Lise ou Lisette) rédigées entre juin et octobre 1916. Les échanges épistolaires des jeunes gens se poursuivront jusqu’à la date de leur mariage, et au-delà. Il s’agit d’un cas rare où ont été conservés les écrits des deux correspondants.

La correspondance échangée presque quotidiennement entre Jaques Henriod et Elisabeth Veyrassat entre le 1er juin et le 5 octobre 1916 permet de mesurer la riche personnalité des deux amoureux en même temps que l’évolution de leurs sentiments.

Une fois la flamme déclarée, qui mettre dans la confidence ? Les parents sont à cette époque les premiers à donner leur avis sinon leur accord, mais Elisabeth, pressentant les réactions de son père, n’en parle d’abord qu’à sa mère. Finalement, une entrevue aura bien lieu entre Jaques Henriod et l’ingénieur Louis Veyrassat, hostile au rapprochement de sa fille avec un pasteur – alors qu’il n’est pas croyant – qui est de surcroît de santé délicate. Mais, comme les deux amoureux sont majeurs, il ne pourra s’opposer à leur mariage, dont la célébration sera reportée entre autres parce qu’Elisabeth tient à terminer ses études auparavant.

Jaques et Elisabeth se dépeignent tous deux, présentent leur famille. Ils affirment d’emblée ne rien vouloir se cacher. Elisabeth est donc mise d’emblée au courant des soucis de santé de son prétendant. L’un comme l’autre doivent apprendre la patience, à cause notamment du père d’Elisabeth, qui reste longtemps silencieux. Mais, au gré d’invitations à se voir, tantôt en ville, tantôt aux Rasses, où les Henriod ont une maison de famille, tantôt en Valais, où Elisabeth passe ses vacances, les amoureux apprennent à se mieux connaître.

Leur correspondance, à la fois libre et vivante, reflète leur tempérament : Elisabeth est une femme de tête, qui réussit par exemple à dissuader Jaques d’accepter le poste de pasteur à Bordeaux qu’on lui proposait. Tous deux échangent aussi leurs doutes, donnent leur vision du mariage, de l’éducation des enfants, ou encore de la mort. Ils évoquent beaucoup leurs lectures et leur amour de la nature. La foi occupe enfin une grande place dans leurs pensées.


Lectures précédemment mises sur pied en 2015


En écho à l’exposition du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel

14/18 La Suisse et la Grande Guerre – comment la guerre a transformé la Suisse

Une vie quotidienne bouleversée

Quelques pages des Souvenirs de l’année 1914 de Lina Bachmann et de Willy Russ

lues par Isabelle Meyer et Philippe Vuilleumier, comédiens

Textes choisis par Jacqueline Rossier avec la collaboration de Berthe-Hélène Balmer

Mardi 22 septembre 2015 à 12h15 au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel

« Les hommes du Landsturm sont partis aujourd’hui, quelle triste journée. Aussi le 1er août n’a pas été fêté comme d’habitude. Pas même un feu. »

Ainsi commence le journal tenu par Lina Bachmann (1864-1945), paysanne de Boudevilliers, du 1er août au 31 décembre 1914. Ce précieux document a été sauvé de l’oubli par Berthe-Hélène Balmer, qui l’a édité en 2015, en le replaçant dans son contexte socio-économique. Lina Bachmann a cinquante ans en 1914. Elle décide de coucher sur le papier les répercussions de la guerre sur son existence, alors que ses deux fils sont mobilisés et que son mari reste de santé fragile. Elle évoque les travaux agricoles étroitement dépendants des aléas climatiques, énumère les tâches qui lui incombent : cuisine, lessives, tenue du ménage, couture… Elle apprécie l’aide de ses sœurs, les visites de ses proches, les rencontres paroissiales et les sermons réconfortants du pasteur.

Si elle ne mentionne guère l’évolution de la situation militaire, Lina Bachmann est sensible au sort des soldats internés, s’inquiète pour ses fils qui lui envoient leur linge sale, mentionne ses soucis de paysanne désemparée par les répercussions du conflit sur les travaux agricoles. Cette Mère courage trouve surtout le temps d’écrire tous les soirs pour garder la mémoire des moments si particuliers qu’elle est consciente de vivre.

Avec Willy Russ (1877-1959), on change d’horizon. Fils de Carl Russ (1838-1925), grand patron de l’entreprise Suchard, celui-ci est chargé par son père, au début du premier conflit mondial, de rédiger un journal. Un « résumé » de ce journal de guerre, qui comptait quelque 3'000 pages, est publié à titre confidentiel en 1924. Une réédition a vu le jour en 2015 chez Alphil, accompagnée d’un important appareil critique et enrichie de quarante pages d’iconographie ainsi que d’un index.

Les souvenirs de 1914 à 1918 de Willy Russ se présentent comme un texte peu personnel, rarement intime. La guerre est au premier plan de ces pages, qui permettent aussi de connaître les activités de la vaste famille Suchard comme de l’entreprise qui porte son nom. De nombreux passages nous renseignent aussi sur la vie sociale et culturelle des classes aisées de Neuchâtel, les vrais intérêts de Willy Russ portant sur l’art et la musique.

Pour évoquer la guerre, Willy Russ utilise beaucoup la presse. Préoccupé par le fameux « fossé » entre Romands et Alémaniques, il éprouve de la sympathie pour les deux camps, quand bien même ses sentiments restent germanophiles. C’est sur le plan suisse que son information se révèle la plus intéressante : ravitaillement, exportations, politique des pleins pouvoirs, évolution de l’opinion…

La lecture montrera comment deux personnes que tout oppose font face, chacune dans son domaine, aux événements qui bouleversent leur existence.

      
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