Fonds Famille Reymond

Identification

1.1 Référence CH NE AVO REY - no 150
1.2 Intitulé/analyse Fonds Famille Reymond
1.3 Dates extrêmes 1811 - 1964
1.4 Niveau de description

Fonds

1.5 Importance matérielle et support  

10 boîtes d’archives et documents grands formats.

Contexte

2.2 Histoire administrative / Notice biographique

Ces archives et documents correspondent à plusieurs générations d’une famille de négociants et d’ingénieurs originaire de St-Sulpice (NE) et connaissant une certaine aisance. C’est ce dont attestent des liasses de lettres commerciales et privées, écrites par les membres des familles Reymond et alliées, Eberhard, Regnault, Charpentier, Borel, ainsi que des écrits personnels et de nombreuses photographies témoignant de multiples voyages parfois très lointains. Le tout a été abandonné fin 1999 par les héritiers dans une maison de Corcelles.
Le fonds peut se diviser grosso modo en deux grandes séries qui, elles-mêmes, se subdivisent : la première concerne Charles-Auguste Reymond à St-Sulpice et ses trois fils, Eugène, Alexis et Maximilien Reymond, entre environ 1850 et la fin des années 1870. La seconde réunit des documents de la première moitié du 20e siècle en rapport avec les descendants d’Alexis Reymond, et principalement son fils le Dr Eugène Reymond et sa femme Marie née Borel ainsi que la famille ascendante de cette dernière.

Charles-Auguste Reymond (1813-1884) (1) et ses trois fils
Ch.-Auguste Reymond - ce sera sa signature - est d’abord ouvrier mécanicien puis il semble se tourner rapidement vers les affaires et le négoce, devenant fabricant d’outils d’horloger (2) . Au cours de sa vie, il occupera plusieurs postes de notable dans sa commune et au Val-de-Travers. En 1845, il achète un terrain au Plan de la Croix à St-Sulpice pour y construire sa maison familiale. Il y logera avec sa femme, Louise Eberhard, une des filles du meunier Jean Eberhard à St-Sulpice, et ses quatre enfants. Il fera de ses trois fils d’habiles négociants dont les vies aventureuses et mouvementées peuvent être retracées grâce à une abondante correspondance soigneusement conservée par lui. A noter que le grand-père de Ch.-Auguste, Abram-Henri Reymond, surnommé « 2e carolin », était également un aventurier puisqu’avant même d’avoir atteint l’âge de 25 ans, il avait rejoint un oncle établi à Purrysburg, en Caroline du Sud aux USA, où il passa une partie de sa vie.
Eugène Reymond (1835-1860), le fils aîné de Ch.-Auguste, s’engage en 1852, à l’âge de 17 ans, comme marin dans la marine marchande entre Le Havre, New York et l’Angleterre. Durant 9 ans, il naviguera sur l’océan Atlantique, montant en grade jusqu’à devenir chief mate, c’est-à-dire second du capitaine de navire. Sa carrière se termine abruptement alors qu’il vient de s’engager dans la marine anglaise à destination de la Chine, puisque c’est dans ce pays et lors de son premier voyage qu’il meurt de dysenterie en septembre 1860. Les lettres à ses parents écrites régulièrement durant ses années de navigation ainsi que son log book (livre de bord), c’est-à-dire le livre de consignation de ses missions maritimes sur un peu plus de deux ans, entre le 01.12.1852 et le 06.02.1855, sont conservés aux AVO, à côté de quelques souvenirs de son enfance. Cette vie de marin fournirait un sujet d’étude exceptionnel à plusieurs points de vue.
Alexis Reymond (1839-1921), le second fils de Ch.-Auguste, suit une formation d’horloger, avant d’être engagé en 1858, à l’âge de 19 ans, par la Compagnie neuchâteloise d’exportation pour ouvrir de nouveaux marchés horlogers en Perse. Cette même année, il s’embarque pour Téhéran, lieu qu’il quittera en 1868 ( ?), non sans être retourné à quelques reprises en Suisse (et à Londres) entre temps. Son dernier court voyage à Téhéran aura lieu en 1872/1873. Alexis Reymond apparaît dans quelques publications comme un pionnier de l’exportation des montres en Perse, étant un des rares Suisses présents à cette époque dans ce pays. La difficulté de sa tâche et les raisons finales de l’échec de l’entreprise confiée à Alexis Reymond ressortent de ses écrits. Il semble que dès 1860, Alexis a songé à faire des affaires pour son propre compte, en devenant, entre autres, l’horloger du shah.
Vers 1866 ou 1867, Alexis et son jeune frère Maximilien Reymond (1847-1893) montent la maison Reymond Frères & Cie qui reprend les activités de la Compagnie d’exportation, dont le siège à Téhéran a été abandonné en 1865. En 1866, Maximilien part à son tour pour Téhéran afin de reprendre le poste d’Alexis. Ce dernier se marie en 1868 avec Julie Charpentier, une petite nièce issue d’une famille de boulangers et de viticulteurs établie au Mesnil-sur-Oger, près de Paris. C’est là que s’établit le couple. Le suivi de la correspondance atteste du fait qu’Alexis continue de gérer les affaires persanes. Près d’une centaine de lettres (du moins celles déposées aux AVO) voyagent ainsi entre St-Sulpice ou la France et la maison Reymond Frères à Téhéran. Certaines lettres partent aussi parfois de Kermanchah, Ispahan, Chiraz, Hamadan ou Zahedan, témoignant des efforts des frères Reymond pour trouver des débouchés pour les produits horlogers suisses ainsi que pour établir un commerce de denrées persanes en retour (soie ( ?), gomme arabique, opium, …). En 1873 et 1874, Alexis Reymond correspond avec le président de la Suisse et avec le département politique au sujet de l’établissement d’un consulat suisse à Téhéran (une entreprise qui ne prendra corps qu’en 1919).
L’aventure persane se termine avec la dernière lettre de Maximilien écrite de Téhéran le 13.06.1877, peu avant son retour définitif en Suisse. La maison Reymond Frères & Cie aura fait long feu, face à de trop grandes difficultés et peut-être aussi du fait de l’impéritie de Maximilien, c’est ce qui ressort des lettres qu’Alexis lui adresse. Mais les écrits des frères Reymond, tant commerciaux que privés, lettres et récits de voyage, permettent de retracer les activités et la vie de ces premiers Suisses en Perse entre 1858 et 1877. On apprend par exemple que pour se rendre à Téhéran depuis St-Sulpice, il faut rejoindre Marseille où l’on s’embarque pour la Grèce, puis Istamboul et enfin Trébizonde sur la mer Noire, d’où une caravane à cheval rejoint Téhéran, le tout prenant pratiquement trois mois.
Les documents pouvant renseigner sur la carrière en Suisse des frères Reymond deviennent rares à partir des années 1880. Dans les années 1870, Alexis Reymond commence une carrière dans la banque (notamment à la BCN) et dans le commerce, comme l’atteste une carte d’exposant à l’Exposition universelle de Paris de 1878 pour la Fabrique de Tricots & Bonneterie Reymond & Bourquin à Cormondrèche. Alexis sera aussi un notable engagé dans les affaires publiques, à St-Sulpice d’abord puis sur le littoral (Neuchâtel, Colombier, Peseux). Après la mort de Maximilien Reymond, en 1893, Alexis devient le tuteur de ses enfants mineurs. Il est incontestablement le pilier de la famille et le conservateur des archives - il se demandera, au détour d’une note (fourre REY.C.8), s’il faut bien garder tout cela !). Il s’intéresse à la mémoire des Reymond en continuant les travaux généalogiques commencés par son père.

Les descendants d’Alexis Reymond et leurs familles
Des quatre enfants d’Alexis, seul Eugène Reymond (1870-1938) fait une carrière remarquable, comme médecin, en étant notamment un des fondateurs de l’hôpital de Landeyeux et très engagé dans la lutte contre la tuberculose. Le fonds a aussi conservé d’intéressantes réflexions (de sa main ?) sur la médecine de guerre (1914-1918) et des souvenirs de famille. C’est Eugène qui conservera, après son père, les fameuses archives familiales. Le lieu de résidence de la famille qu’il forme avec sa femme et ses 5 enfants est à Fontaines dans le Val-de-Ruz, il semble y avoir aussi un chalet à Chaumont.
Une personnalité féminine se distingue ici, Marie Emma Reymond, née Borel (1883-1964) , l’épouse du Dr Eugène Reymond, une femme très cultivée et aimant voyager, ce dont témoignent des photographies prises en Suisse, en Italie, au Maroc, etc. Les nombreuses lettres qui lui ont été adressées attestent d’un vaste réseau de correspondants, familial bien sûr mais aussi lié à des œuvres de bienfaisance en particulier durant la Seconde Guerre mondiale. Quatre liasses de lettres sont plus particulièrement intéressantes : la première rassemble les nombreuses lettres du Maroc provenant de sa fille Jane et de son époux Roger Perrenoud , qui a été engagé en 1932 comme chef comptable de la société d’électricité de Marrakech. La famille est encore au Maroc en 1958 semble-t-il. Le second ensemble de lettres a été adressé depuis l’Australie à Marie Reymond-Borel par sa tante, Marguerite Paris épouse de Samuel Ernest Leuba (1864-1929), lui-même de Colombier, les deux ayant fondé une branche Leuba dans ce pays. Une troisième liasse concerne les lettres et cartes écrites en 1940 et 1946 et signées Piot (pour Andrzej J. Piotrowski). Grâce à elles, on suit le parcours de ce soldat polonais réfugié en France, puis en Angleterre, envoyé en Algérie en 1942-1943, parti en Suède à la fin de la guerre avant de s’établir au Chili en 1946. Enfin, une vingtaine de lettres signées Mimi ( ?) racontent un voyage de 6 mois, en 1946, dans l’est méditerranéen, Afrique du Nord, Le Caire, Chypre et jusqu’à Beyrouth.
Marie Reymond-Borel a aussi conservé et transmis à la postérité huit albums souvenirs ou artistiques remarquables provenant notamment de son père Fritz Borel (1855-1941)ou de sa mère Emma née Grandjean, qui témoignent d’un lien étroit avec le milieu artistique neuchâtelois. Un des albums, qui contenait des dessins de Maximilien de Meuron, Léon Berthoud et Constance Hügli pour ne citer que les plus connus, a été donné au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel.
C’est sans doute à la mort d’Eugène ou à celle de Marie que les archives familiales sont déposées à Corcelles, Grand-Rue 41, maison de leur fils Pierre, léguée ensuite au fils de ce dernier, Michel Reymond.

Notes(1) No xxxxx(2) Chapuis, Alfred, «L'horlogerie occidentale et la Perse» dans La Suisse horlogère, édition internationale française, 1951, n°1, p. 30.

Conditions d'accès et utilisation

4.3 Droit d'auteur, conditions de reproduction

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